Du Bois mort pour la Vie !
La nature n’est ni propre, ni sale, elle est ce qu’elle peut être pour perpétuer les cycles indispensables à la vie, tout simplement.
Le chronoxyle, un tas de bonnes idées
Un amoncellement de bois morts disposé de façon plus ou moins organisée dans les parcs, les jardins, les bois et forêts porte le néologisme de « chronoxyle » (le temps « chrono » et le bois « xyle »). Il peut avoir
plusieurs rôles : favoriser la biodiversité inféodée aux bois morts (habitat, alimentation, sol), faire l’objet
d’études scientifiques (écosystèmes et espèces), avoir un but pédagogique (sensibiliser le public), ou tout cela à la fois. Pour faire un chronoxyle, laissez de gros et vieux arbres morts sur pied ou des souches à même le sol ; ou encore un tas de troncs et de branches sur place ou posés plus loin pour des raisons pratiques. Il en existe même des artistiques, arrangés en forme d’animaux ou en clôtures longilignes. Mais la sculpture finale revient aux divers agents des cycles naturels (champignons, insectes, vent, pluie…).

Une résidence prisée, un plein garde-manger
Le bois mort est une niche écologique qui joue un rôle clé pour l’écosystème des forêts et des sols. C’est un habitat irremplaçable et un vrai garde-manger pour des communautés de champignons et de bactéries, certains oiseaux comme les pics, la sittelle torchepot ou les chouettes, l’herpétofaune (reptiles, amphibiens), les mammifères comme les chauve-souris et le hérisson, ainsi que les araignées et des milliers d’insectes. Justement, alors que la nuit se fait de plus en plus calme, un bruissement de feuilles trahit la présence d’une femelle lucane cerf-volant – Lucanus cervus : ce coléoptère pond ses oeufs dans le bois mort et les larves dites saproxylophages pourront s’en nourrir pendant des années contribuant ainsi à la régénération du sol en recyclant le bois.

Sans terreau, pas de vie
Pour faire entrer le bois dans le cycle de régénération des sols, il faut compter sur « les agents de
dégradation » qui sont d’origine abiotique (vents, pluies, radiations, pollutions, poussières, etc.) et d’origine biotique (bactéries, champignons, insectes). Se lancent alors un long processus en 3 phases :
- la colonisation, elle prend environ 2 ans, des insectes xylophages primaires (coléoptères de type scolytes, buprestes, etc.) détachent l’écorce et ouvrent la porte à des champignons, bactéries et d’autres insectes. Ces organismes cachés dans des galeries sont ensuite recherchés par des pics dont les trous laissent passer davantage de spores de champignons décomposeurs (pourriture blanche, noire ou molle).
- la décomposition, elle dure entre 10 et 20 ans et démarre par le détachement complet de l’écorce favorisant la décomposition par des bactéries, des champignons et tout un nouveau cortège de coléoptères (pyrochres, lucanes, ténébrions, élatéridés…). Ces derniers peuvent vivre dans le bois mort (ponte), ou manger les insectes primaires ou les champignons.
- la transformation en sol, phase durant laquelle le bois se désagrège et intègre le sol en un substrat de déjections d’insectes, de larves de diptères, de collemboles et d’acariens où s’ajoutent les lombrics, gastéropodes, nématodes, etc. Le dernier stade de décomposition provient principalement de minuscules champignons qui transforment cellulose et lignine en humus indispensable à la vie des végétaux.
Chêne & Lierre, généreuse symbiose
Un ami pour la vie
La méconnaissance de l’écologie du lierre et de divers facteurs naturels, a souvent fait accuser à tort cette liane de tous les maux des arbres. Le lierre, plante d’ombrage aux feuilles persistantes, commence sa lente croissance au sol à la recherche d’un support, le plus gros possible, en repérant son ombre. Il commence à y grimper en déployant régulièrement ses minuscules crampons barbus à microbilles de colle qui accrochent seulement la surface du tronc. Il relâchera son étreinte au fur et à mesure de la croissance de l’arbre. L’ascension peut durer 3 ou 4 décennies et s’arrête avant le houppier. Le lierre pourvoit seul à ses besoins par photosynthèse et système racinaire. Si l’arbre est cassé, très malade ou vieillissant, il peut perdre son haut feuillage laissant place au lierre qui peut le recouvrir totalement.

Le lierre et le chêne ont une relation symbiosique appelée « mutualisme » car chacun apporte à l’autre
des avantages. Le chêne est un support essentiel au lierre (épiphyte) offrant ombre et lumière au fil des
saisons. Le lierre protège l’écorce de l’arbre comme un manteau (champignons, sanglier, cerf,
intempéries), lui offre de la fraîcheur et un humus de qualité tout au long de l’année par la chute régulière
de ses feuilles à décomposition rapide.
Le sens de l’accueil
- Plus de 700 organismes vivants sont liés à ces deux compères qui leur offrent gîte et couvert. Chauvesouris, chouettes et hiboux, hérissons, petits oiseaux, insectes variés, araignées, champignons, etc… viennent y trouver refuge à tout moment.
- Dès le début de l’automne, le chêne produit de nombreux glands convoités par les écureuils, chevreuils, mulots, et les geais qui enterrent leurs butins et en oublient, participant ainsi à la régénération de la forêt. Mais nous ne sommes pas en reste : saviez-vous qu’autrefois, on faisait des glands de chêne un succédané de café ou de la purée ?
- De septembre à décembre, le lierre exhibe des inflorescences chargées de pollen et une petite plateforme (haut du pistil) gorgée de nectar suintant. Voilà le bal des collètes, milésies, abeilles, lucilies, papillons…
- De mars à avril, les perles de lierre (baies) régalent merles, grives, fauvettes, moineaux, rouges-gorges, renards et martres dont les fientes et crottes dissémineront les graines de-ci de-là et permettront l’expansion de la plante. Même si nous, humains, nous ne pouvons pas manger ces fruits (toxiques), le lierre n’arrête pas là son altruisme, il nous apporte aussi beaucoup, mais ça, c’est une autre histoire…
LE SAVIEZ-VOUS : Le lierre a l’art de la transformation, faisant évoluer son beau feuillage au fil de ses pérégrinations. Les feuilles juvéniles sont étoilées, ce sont celles que l’on dessine le plus souvent. Les feuilles palmées longent le tronc petit à petit. Enfin, les feuilles ovales, en pleine lumière, forment le cortège des fleurs.
1, 2, 3 nous irons au bois…
Un familier qui a du coffre

Taille : 12,5 à 14cm – Poids :16 à 22g – Longévité : environ 11 ans
Ce solitaire au plastron flamboyant repère sa proie depuis un perchoir dans les buissons, descend la saisir et retourne se percher, ou bien sautille ça et là pour glaner insectes, escargots, larves, vers ou araignées, et quelques baies ou graines en automne/hiver. Poitrine gonflée, il chante ardemment toute l’année pour défendre son territoire de 0,1 à 1,5 ha sauf en été ou si l’hiver est trop rigoureux. Durant la morte saison, des individus des pays du nord-est font grossir les rangs de ces petits familiers pour notre plus grand plaisir !
De l’importance des baies

Taille : environ 13 à 15cm – Poids : 16 à 25g – Longévité : 7 ans
Cette migratrice partielle nous offre au printemps un puissant chant sifflé et flûté aux longues notes
liées…quand elle n’essaie pas d’imiter un rossignol ou une rousserole ! En population isolée, la fauvette y
va même de son propre dialecte régional avec une répétition de deux notes finales. Si vous entendez
comme deux petits cailloux qui s’entrechoquent, c’est que la fauvette est dérangée, en conflit, ou se sent
en danger. Insectivore en période de reproduction, elle devient frugivore le reste de l’année, et
notamment en hiver, elle se régale de baies de sureau, de ronces, de lierre, de gui que l’on retrouve fort heureusement dans ce bois !
Avoir la langue bien pendue

Taille : environ 33cm – Poids : 220g max. – Longévité : 5 à 7 ans
Ne vous méprenez pas, le cri du pic vert n’a pas vocation à se moquer de vous. Avec ses « kia-kia-kia-kiakia» sonores, il peupleute régulièrement pour marquer son territoire, séduire un partenaire ou appeler
les jeunes, mais on l’entendra rarement tambouriner. Les fourmis sous toutes leurs formes sont sa
principale source de nourriture : il utilise son bec pour soulever des mottes ou des écorces, creuser le sol, balayer les feuilles…une fois le festin repéré, il sort sa longue langue collante (13cm) et attrape ses proies !
Dans les bois où elles construisent des nids de plus d’un mètre, les fourmis rousses Formica rufa peuvent
être essentielles à la survie du pic vert lors des gels hivernaux.
La nuit n’est pas endormie
Lorsque le soleil se couche et que la nuit s’installe, c’est environ 30% des espèces de vertébrés
(mammifères, oiseaux, amphibiens…) et plus de 60% des espèces d’invertébrés (insectes, araignées, millepattes…) qui s’activent au gré des rotations de notre planète.
Un vadrouilleur qui a du piquant

Taille : 23 à 30cm – Poids : 800g à 1,5kg – Espérance de vie : 2 à 3 ans – Longévité : 5 à 7 ans
Chaque nuit, du printemps à l’automne, le hérisson d’Europe parcourt 2 à 4km de son large territoire (10
à 105 hectares selon le sexe et la période de l’année) à la recherche de nourriture : insectes, vers de terre,
mollusques, etc. Il part en quête d’un nouvel abri, à la rencontre de congénères (reproduction) ou tout
simplement en exploration.
Avec environ 7000 piquants sur le dos, ce petit mammifère se met en boule en moins de 1 centième de seconde en cas d’alerte, et peut rester ainsi durant des heures.
Il est strictement protégé en France et en Europe depuis 1981.
Poursuites aériennes ? Voyez-vous ça !

Taille : 3,5 à 5cm – Poids : 3 à 7g – Espérance de vie : 2,2 ans – Longévité : 16 ans – Écholocation (ultrasons) : 43 à 52kHz en fréquence modulée aplanie
À peine le soleil est-il sous l’horizon, que la pipistrelle commune, insectivore à l’instar de ses consoeurs
européennes*, part en chasse de diptères dont elle raffole (mouches diverses, moustiques…). Même si elle a une bonne vision nocturne, la pipistrelle pousse des cris à ultrasons pour identifier le paysage et ses
proies de façon très précise sur plusieurs mètres devant elle. La pipistrelle parcourt les zones boisées et humides ou encore les milieux agricoles, mais préfère les bâtiments anthropiques ou les cavités arboricoles pour se reposer en journée.
Les chauve-souris sont strictement protégées en France depuis 1976, et en Europe peu de temps après.
*La grande noctule Nyctalus lasiopterus peut également manger des petits oiseaux en migration.

Taille : 37 à 43cm – Envergure : jusqu’à 104cm – Poids : 460 à 650g – Longévité : 15 à 18 ans
Dans le froid d’une nuit de fin d’hiver, le hululement familier du mâle annonce la saison des amours. Après quelques 29 jours d’incubation des oeufs, naissent 1 à 5 petits dont le couple monogame s’occupera durant une dizaine de semaines jusqu’à leur émancipation.
Ces rapaces à la vision nocturne et l’ouïe aiguisées, chassent principalement à l’affût des campagnols, mulots, musaraignes, petits oiseaux, gros insectes, mais aussi poissons, reptiles, amphibiens, chauve-souris, et même lapins juvéniles. On retrouve leurs ossements, plumes, poils ou chitine dans les pelotes de réjection.
La chouette hulotte fait partie des 9 espèces de strigiformes (chouettes et hiboux) de France, strictement protégées.
Du froissement d’ailes à la luminescence
Dans l’obscurité, des papillons de nuit recherchent des fleurs : on en compte environ 5500 en France
métropolitaine dont bon nombre d’entre eux sont de précieux pollinisateurs !

Posée sur la litière, la femelle ver luisant ou lampyre, de l’ordre des coléoptères, utilise la bioluminescence pour attirer un mâle qui lui, vole, mais sans éclat. Leurs larves dévoreront surtout des mollusques auxquels elles auront injecté leur venin (inoffensif pour l’humain).
Leurs populations déclinent considérablement du fait de la destruction de leurs habitats (herbes hautes et buissons des forêts, bocages, landes et ripisylves), des pesticides et de la pollution lumineuse…
Rallumons les étoiles !
La pollution lumineuse est présente sur 72% du territoire français (source OFB, 2025), elle impacte
durement la faune dont nous faisons partie, et la flore. Attraction et épuisement des insectes autour des
lampadaires, éblouissement des oiseaux, chauve-souris et vers luisants, diminution de la pollinisation,
immobilisation et épuisement des hérissons et amphibiens, collisions, déphasage de la végétation,
perturbation des animaux diurnes et de la migration…
Et les humains ne sont pas épargnés : baisse de la production de mélatonine qui entraîne maladies physiques et mentales ; hausse de la production du cortisol qui entraine stress, baisse d’immunité et hausse de la pression artérielle.
Pour préserver la santé de tout le Vivant et des écosystèmes dont nous dépendons, rallumons les étoiles
autant que possible avec par exemple, l’extinction des lumières et l’utilisation de détecteurs de présence !
Textes : Linda Pouchard, technicienne supérieure en Gestion et Protection de la Nature